Source : nouvelobs.com en ligne le jeudi 10 juillet 2014

 

 

ISRAEL - GAZA.

 

Ce que l'on sait de l'arsenal

 

du Hamas

 

 

 

Pour la première fois, un missile M-302, capable de parcourir jusqu'à 150 km et tiré depuis la bande de Gaza, a frappé la ville côtière d'Hadera. Une menaçante surprise pour les Israéliens.

 

Des missiles de type M-302, à très longue portée, intercepté par Israël en mer Rouge le 5 mars 2014. (AFP/ JACK GUEZ)
Des missiles de type M-302, à très longue portée, intercepté par Israël en mer Rouge le 5 mars 2014.
(AFP/ JACK GUEZ)

 

 

Il y a encore quelques années, Jérusalem et Tel-Aviv étaient considérées comme inatteignables par les tirs de roquettes des groupes armés palestiniens. Fin 2012, c'était la découverte de l'existence dans la bande de Gaza de roquettes Fajr 5 d'origine iranienne, d'une portée maximal de 75 kilomètres, qui aurait poussé l'armée israélienne à lancer son opération "Pilier de défense". La sophistication croissante des armes que détenaient les groupes palestiniens (Hamas, Djihad islamique et autres groupes salafistes -certains se revendiquant d'Al-Qaïda) inquiétait déjà. Mardi, les Israéliens ont eu la mauvaise surprise de découvrir un type de roquette encore plus performante et encore plus menaçante : de type M-302, de fabrication syrienne, elle a été tirée sur Hadera, une localité au nord de Tel-Aviv, située à 116 kilomètres de Gaza. Vraisemblablement ce type d'engin a une portée de 160 kilomètres. Du jamais vu. On savait cette marchandise en circulation et à plusieurs reprises, l'armée israélienne l'a intercepté. Il semblerait qu'une partie soit arrivée à bon port.

Les tirs de roquettes capables d'atteindre des objectifs de plus en plus lointains en Israël et l'assaut mené par un petit commando depuis la mer montrent que la force de frappe militaire du Hamas s'est considérablement améliorée. "Depuis 2012, les groupes armés ont doublé leur capacité en nombre de missiles, comme ils ont doublé leur capacité de nombre de missiles de longue portée", constate Samy Cohen, directeur de recherche au Ceri Sciences-po.

Quels types d'armes ?

Les services israéliens estiment que les groupes djihadistes dans la bande de Gaza possèdent des milliers de roquettes. Selon les chiffres publics diffusés par l'armée israélienne, le Hamas détiendraient 6.000 roquettes, le Djihad islamique 5.500 et les autres groupes armés, 10.000. "Parmi les roquettes de longue portée (80km), il y a deux types de missiles, le Fajr 5 iranien et un missile de fabrication artisanale, le M75", précise Samy Cohen. "Et maintenant, le M-302, de fabrication chinoise, qui a une portée de 120-150km".

Parmi les armes habituelles, on retrouve les roquettes artisanales Qassam fabriquées dans des usines et des ateliers de la bande de Gaza, d'une portée d'une douzaine de kilomètres environ. Les missiles Grad de fabrication russe, sans doute fournies par l'Iran, peuvent aller jusqu'à 20 kilomètres ou un peu plus. Enfin des roquettes chinoises, WS-1E ont déjà été utilisées par le passé contre des cibles israéliennes.

Un nombre important que relativise Samy Cohen. "Parmi ces milliers de roquettes, seules quelques centaines peuvent aller très loin. Le reste de l'arsenal est composé des roquettes de moyenne (40 km) et courte-portée (20km) et de mortiers". "Ces dernières années, avant que l'Iran ne prenne ses distances avec le Hamas, il y a eu des formations de militants du Hamas par des Iraniens pour fabriquer eux-même les missiles et les utiliser. Mais cela reste des missiles d'une efficacité douteuse et qui manquent de précision."

Pour le spécialiste, le Hamas veut surtout "montrer qu'il a le bras long et qu'il est capable de terroriser la population israélienne. Il se concentre donc sur ses roquettes à longue-portée. Il s'en vante beaucoup, et parfois revendique des tirs imaginaires."

La plupart des attaques venant de la bande de Gaza sont stoppées net par le système de défense anti-missile israélien, "Iron dome". Le reste tombe généralement sur des terrains vagues sans occasionner de dommages sur les populations. "L'armée israélienne, par souci d'économie financière et matérielle, ne visent que les roquettes qui arrivent sur les centres urbains, les plus dangereuses", ajoute Samy Cohen.

En plus des roquettes, l'arsenal des combattants comprendrait des milliers de lance-roquettes anti-char RPG-7, des centaines d'obus de mortier, des dizaines de missiles anti-char, des dizaines de missiles anti-char plus perfectionnés et des milliers de mines anti-personnels et mines anti-véhicules.

D’où viennent les armes ?

Soumis à un blocus, les groupes islamistes dans la bande de Gaza arrivent cependant à s'approvisionner. Les armes arrivent majoritairement d'Iran par bateau en contournant la péninsule arabique, passent par le Soudan avant d'être acheminées à travers le Sinaï où elles entrent en territoire palestinien par les tunnels creusés à la frontière entre l'Egypte et la bande de Gaza. Du temps de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak qui fermait les yeux et lors de la présidence de Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, dont le Hamas est une émanation, cette route de contrebande était relativement facile. Mais ce chemin a eu tendance ces dernières années à être de plus en plus compliqué, surtout depuis l'accession au pouvoir de Abdel Fattah al-Sissi en Egypte, en guerre contre les Frères musulmans, qui a fermé la frontière et bloqué les tunnels.

Les armes pouvaient également venir de Syrie. Mais, le Hamas qui n'a pas soutenu le régime de Bachar el-Assad, ne peut plus compter sur le pouvoir syrien.

Autre possibilité : un acheminement des armes par voie maritime. Le 5 mars 2014, un bateau, le Klos-C, a été intercepté en mer Rouge, à 100 kilomètres au nord de Port Soudan, avec à son bord, ces fameuses roquettes M-302, qui provoquent l'inquiétude aujourd'hui chez les Israéliens.

Par ailleurs, en 2011, les services de sécurité intérieure, le Shin Beth, estimaient que les groupes armés dans la bande de Gaza étaient équipés de missiles sol-air récupérés dans les arsenaux libyens après la chute de Mouammar Kadhafi. Notamment des SA-7 soviétiques, plutôt vieillots mais efficaces. Une information qui laisse sceptique Samy Cohen : "Aucun missiles sol-air n'est tombé depuis. Les Israéliens n'ont jamais fait état de préoccupation concrètes sur l'existence de missiles en provenance du stock libyen". "Des avions israéliens pénètrent plusieurs fois par jour dans l'espace aérien de la bande de Gaza. S'ils avaient des missiles sol-air, je pense qu'ils se seraient fait un plaisir de les utiliser..."

"Le Nouvel Observateur" notait alors que des centaines de roquettes Grad, de missiles anti-char et des armes de différents calibres avaient transités de Libye vers le territoire palestinien via l'Egypte. Des armes que l'on retrouve en effet sur la liste dressée par Tsahal. "Concernant, les missiles anti-chars, c'est possible, mais pour l'instant ils ne sont pas dans une confrontation terrestre, donc on n'a pas d'information sur le sujet. Il faut être prudent."

Reste que si le Hamas, aujourd'hui en pointe dans la contre-offensive israélienne, contrairement à 2012 où le Djihad islamique était sur le devant de la scène, s'est largement approvisionné ces dernières années, la quantité réelle de ces stocks est une grande inconnue.

Sarah Diffalah – Le Nouvel Observateur