Source : courrierinternational.com en ligne le jeudi 10 juilet 2014

 

 

D'ISRAËL

Une opération militaire massive est inévitable

Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, hésite à envahir la bande de Gaza tant les risques courus semblent énormes. Mais s'il ne se décide pas rapidement, son gouvernement risque de tomber et c'est un autre dirigeant israélien qui mènera la guerre.

                  Une cible touchée par les bombardements israéliens dans la bande de Gaza, le 9 juillet 2014 (AFP PHOTO / JACK GUEZ)

    Une cible touchée par les bombardements israéliens dans la bande de Gaza, le 9 juillet 2014 (AFP PHOTO / JACK GUEZ)     AFP

 

 

 

Organisé par le quotidien Ha’Aretz, le Congrès d’Israël pour la paix" s’ouvrait ce 8 juillet à Tel-Aviv. A cette occasion, le journal a publié une tribune du président américain Barack Obama, lequel se faisait représenter par son conseiller pour le Moyen-Orient, Phil Gordon. Quelques heures plus tôt, c’était au tour du prince saoudien Turki Al-Fayçal de publier une tribune affirmant que "l’Initiative de paix de la Ligue arabe [2002] offre encore un modèle pour la paix" et appelant les Israéliens et leurs dirigeants à l’accepter et à faire de la région une "oasis prospère de coopération et de fraternité".

Cet événement parfaitement orchestré était censé remonter le moral au sein de ce qui reste des camps de la paix israélien et palestinien. Mais, comme souvent, les réalités du Moyen-Orient sont venues tout chambouler. Pendant que d’éminents représentants venus des quatre coins du monde discouraient de la paix dans un hôtel de Tel-Aviv, à quelques kilomètres de là, dans les villes d’Ashdod, Ashkelon, Rehovot [au sud d'Israël], etc., les tambours de la guerre résonnaient déjà.

Une intervention israélienne qui monte en puissance

Limitée et proportionnée, la riposte israélienne est montée en puissance après la détérioration continue sur le front de Gaza. Faisant feu de tout bois, le Hamas a intensifié progressivement ses tirs de roquettes, ridiculisant l’offre israélienne de revenir aux accords de cessez-le-feu conclus à la suite de l’opération Pilier de défense [novembre 2012] et rejetant la déclaration du Premier ministre Nétanyahou selon laquelle "le calme serait accueilli par le calme". 

Le gouvernement israélien s’est réuni pendant quatre heures. Des tensions qui sont apparues en son sein, il ressort que Nétanyahou est pris dans une double contrainte. S’il persiste dans la retenue, il sera perdant. Le Hamas poursuivra son escalade, la portée des roquettes s’allongera vers le nord, au-delà de Tel-Aviv, jusqu’aux grandes agglomérations de Herzliya, Netanya et Hadera. Bientôt, ce sera tout le territoire d’Israël et des millions d’Israéliens qui seront soumis au bon vouloir des organisations armées palestiniennes. 

Inversement, si Nétanyahou se décide à prendre des mesures radicales, il sera aussi perdant. Il transformera les deux mois d’été en un cauchemar de sueur et de sang. Tel-Aviv sera bombardée, l’économie subira un coup dur, les touristes décamperont, le moral de la nation s’effondrera, le sentiment d’insécurité explosera et l’autorité de Nétanyahou sera ruinée.

Peu de temps pour intervenir

A cette double contrainte il faut ajouter le fait que le monde, curieusement, accepte plus facilement d'un Premier ministre de gauche qu’il fasse la guerre. Cette configuration n’est pas sans rappeler le système bancaire et les règles qui dictent la possibilité d’obtenir un crédit de l’étranger.

L’ancien Premier ministre [centriste] Ehoud Olmert disposait d’une capacité de crédit quasi illimitée grâce à ses propositions généreuses de paix, ce qui lui permit d’attaquer le Liban en 2006, puis la bande de Gaza en 2008, sans que la communauté internationale ne lui cause trop de problèmes. A l’inverse, lorsque c’est Nétanyahou qui parle de guerre, la communauté internationale lui tombe dessus à bras raccourcis. 

Benyamin Nétanyahou sait que l’armée israélienne aura besoin de temps avant de revenir à la situation qui prévalait depuis novembre 2012. Or, politiquement, il ne dispose d’aucun crédit-temps, ni de la part de la communauté internationale, ni de celle de l’opinion publique israélienne.

Nétanyahou débordé sur sa droite

D’une part, il est débordé sur sa droite. Le ministre de l’Economie et du Commerce, Naftali Bennett [extrême droite nationaliste religieuse], l’accuse de renier ses engagements électoraux, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman [extrême droite laïque], vient de rompre le cartel qu’il formait depuis 2012 avec le parti de Nétanyahou, exigeant de lancer une opération terrestre massive contre Gaza. 

D’autre part, sur le plan militaire, le Premier ministre israélien fait face à un dilemme total. Supposons qu’Israël décide d’envahir la bande de Gaza, d’éradiquer les infrastructures terroristes (comme Sharon le fit en 2002 lors de l’opération Bouclier défensif) et de se retirer ensuite. Qui remplira le vide laissé par le Hamas ?

D’expérience, on sait que les choses ne feront qu’empirer et que nous risquons rapidement de nous retrouver seuls face aux djihadistes palestiniens et aux Ansar Beit Al-Maqdis [djihadistes égyptiens du Sinaï]. Une invasion israélienne à Gaza pourrait se transformer en un piège comme le fut celle du Sud-Liban (où Israël resta embourbé pendant vingt ans).

Pourtant, une opération militaire massive semble en même temps inévitable. Aucun Etat souverain au monde n’est prêt à vivre pour une longue période de temps sous la menace immédiate et permanente du terrorisme. Tôt ou tard, Israël devra nettoyer la bande de Gaza, avec ou sans Nétanyahou. A l’heure actuelle et au vu des tensions qui menacent de faire tomber le gouvernement, ce sera probablement sans lui.