Source : i24news.tv en ligne le jeudi 10 juillet 2014

 

 

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Analyse:

 

L'été du mécontentement israélien

 

 

Peu de politiciens israéliens veulent entendre des bruits de bottes à Gaza, contrairement au Hamas

Alors que la guerre entre Gaza et Israël entrera dans sa quatrième journée (vendredi), des indications grandissantes confirment que les deux partis ne disposent toujours pas d'une stratégie qui mettrait fin aux hostilités. Ceci est partiellement dû au fait que ni Israël ni le Hamas voulaient la guerre en premier lieu, et y ont été involontairement poussés, comme des prisonniers piégés par leur propre récit, fierté, amour-propre et préjugés. De ce fait, ils n'ont pas préparé de plan qui mettrait éventuellement fin à la guerre dans le cas où ils se retrouveraient en plein champ de bataille. C'est la troisième guerre de ce type que mènent les deux depuis 2010. Par conséquent, un sentiment de déjà-vu se fait ressentir mais avec des moyens technologiques militaires beaucoup plus élaborés, puissants, mais aussi avec un arsenal du Hamas beaucoup plus impressionnant.

Jusque-là, la guerre démontre un martèlement sans fin. Israël, de par ses forces aériennes puissantes a déjà frappé plus de 600 sites terroristes ciblant les commandants militaires et leurs maisons, leurs armes, leurs entrepôts de roquettes, des lanceurs et des rampes de lancement, ainsi que des tunnels et des bunkers.

De son côté, le Hamas riposte via des lancements de roquettes de toutes sortes – la plus longue allant jusqu'à 200km- en direction des villes principales d'Israël comme Jérusalem, Haïfa, Tel Aviv, ainsi que l'aéroport international Ben-Gourion (qui en perturberait les mouches) et Dimona, dans le sud, où se situe le réacteur nucléaire israélien, symbole de sa supériorité stratégique. Jusqu'à présent, le Hamas a tiré plus de milles roquettes dont 50 de longue portée. Depuis que l'organisation islamique possède près de 10.000 roquettes, dont 300 de longue portée, il a la capacité à faire face à Israël.

Tandis que le Hamas souffre de coups douloureux Israël n'a pas eu de victimes. Ceci est principalement dû aux abris répartis dans le pays et à l'excellente performance du dôme de fer, système de lutte anti-missile qui a intercepté la plupart des missiles de longue portée en direction du centre et du nord d'Israël. Cependant, il n'y a toujours pas de réponse concernant un système défensif qui protègerait les villes à proximité de Gaza, victimes de lancement de roquettes de courte portée et d'obus de mortiers.

L'incapacité d'Israël à arrêter le lancement de roquette vient d'un manque de renseignements. Contrairement au raid aérien de 2012 dans la bande de Gaza; cette fois les services de renseignements israéliens en savent moins sur les emplacements et la taille des entrepôts de roquettes du Hamas, des lanceurs et des rampes de lancement ainsi que leur positions. Il est également évident que le Hamas tire des leçons de ses combats passés, ainsi que de l'expérience du Hezbollah pendant la seconde guerre du Liban en 2006. Il en a littéralement déduit d' "aller sous terre". Ces dernières années, le Hamas a construit en dessous de Gaza plusieurs "villes souterraines" qui servent aujourd'hui d'entrepôts d'arsenal, de bases de contrôle et de communication, ainsi que de logements pour les leaders militaires et politiques.

Plus tôt cette semaine le Hamas a fixé ses conditions préalables afin d'établir un cessez-le-feu. La demande principale était de libérer les prisonniers palestiniens (considérés comme terroristes dans le langage israélien) qui ont été relâchés trois années plutôt lors d'un échange de prisonniers puis réincarcérés dernièrement à la suite de l'enlèvement et de l'assassinat des trois jeunes étudiants israéliens le mois dernier en Cisjordanie.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a déclaré jeudi à la Knesset qu'un cessez-le-feu avec le Hamas n'était pas à l'ordre du jour. Des députés de la Knesset ont questionné à plusieurs reprises Netanyahou à savoir si le gouvernement avait certains objectifs politiques et s'il était en contact avec l'Egypte ou d'autres pays afin de parvenir à un cessez-le-feu par des moyens diplomatiques. "Je ne parle à personne d'un cessez-le-feu pour le moment" a dit Netanyahu au comité. "Ce n'est même pas à l'ordre du jour."

Ainsi, il est logique de conclure que la guerre durera encore une semaine au moins, si ce n'est plus.

Cependant, si le raid aérien ne met pas très bientôt fin aux lancements de roquettes qui ceci dit semble très peu probable pour le moment- Tsahal n'aura pas d'autre choix que d'envoyer des troupes au sol vers Gaza. Le cabinet et l'armée israélienne ne veulent pas le faire, cependant, le lancement de roquettes ainsi que le mécontentement des civils ne vont pas leur laisser le choix.

C'est exactement ce que le Hamas veut. Inciter Israël à envahir Gaza au sol. Tout ce qu'il reste à faire au Hamas est de tenir bon autant qu'il peut, continuer de lancer des roquettes, ce qui fera prolonger la guerre et causera des dégâts aux israéliens ainsi que de voir Gaza saigner et sombrer sous les dunes.

 

*Yossi Melman est un commentateur de la sécurité et du renseignement israéliens et le co-auteur de "Espions contre Armageddon : à l'intérieur des guerres secrètes d'Israël."